Le démantèlement et le recyclage propre des vieux
avions est en pleine expansion, comme en témoigne la création par
Airbus d'un nouveau pôle en France, porté par l'explosion du nombre
d'appareils en fin de vie qui se compteront par milliers dans vingt
ans.
Alors que l'affaire du Clemenceau a démontré l'absence
de filière structurée pour les navires, les groupes Airbus, Sita
(Suez), la Sogerma et EADS ont créé à Tarbes (Hautes-Pyrénées) une
nouvelle plate-forme de recyclage des avions, sur laquelle devait
arriver vendredi un tout premier appareil. La phase industrielle
doit démarrer à l'été 2007.
«Ce marché est porteur à très
long terme», a assuré à l'AFP Jean-Luc Taupiac, responsable pour
Airbus de ce projet aidé par l'UE.
La durée moyenne de vie
d'un avion est de trente ans. Près de 200 appareils seront retirés
du marché mondial rien qu'en 2006 et le potentiel est de l'ordre de
6500 avions d'ici 2023.
«Et la courbe de progression est
exponentielle. Il suffit de comparer la centaine d'avions fabriqués
chaque année dans les années 1970 avec les 700 appareils fabriqués
en 2005», souligne M. Taupiac.
Les premiers avions d'Airbus,
avionneur né en 1970, arrivent en fin de parcours. Le constructeur
se saisit du problème car les compagnies ne le font pas. Il y a
aujourd'hui des tas d'avions qui pourrissent à travers le
monde.
Jusqu'à présent, les vieux avions étaient soit stockés
dans des hangars ou des déserts comme aux Etats-Unis, soit
démantelés dans des «casses» plus ou moins respectueuses de
l'environnement.
Le but pour Airbus et ses partenaires est de
recycler de 85 à 95 % de l'appareil. Le prix d'une carcasse d'avion
est très variable et peut aller de 20 000 euros à plusieurs
millions. Une fois tous les fluides (huile, kérozène) et les
matières dangereuses comme l'amiante ou l'uranium appauvri prélevés,
les pièces seront récupérées et réutilisées ou revendues.
Un
commerce juteux, à terme, qui intéresse les entreprises. Pour Sita,
il s'agit de se positionner sur un marché en pleine expansion.
Dassault serait également intéressé par le projet.
«Les
matières premières vont devenir de plus en plus chères et si on
arrive à les extraire très finement, on pourra tirer un maximum de
prix du titane, des aciers dont certains coûtent très chers et de
l'aluminium», prédit M. Taupiac.
Le groupe familial Bartin,
spécialisé dans le recyclage des métaux, est également bien implanté
dans le secteur. Il a inauguré en juin dernier la première
plate-forme européenne entièrement dédiée au recyclage des avions,
sur l'aéroport de Châteauroux-Déols (Indre), qui emploie quarante
personnes.
«L'objectif minimum pour 2006, c'est de démanteler
10 avions et d'aller ensuite jusqu'à deux ou trois avions par mois»,
indique le directeur du site Laurent Bruneau.
Airbus table de
son côté sur une dizaine d'avions recyclés tous les ans d'ici 2010 à
Tarbes, sans exclusive : les Boeing sont acceptés.
Mais
Tarbes sera seulement un centre de référence, le but étant de donner
un sceau de qualité à d'autres sites dans le monde qui respecteront
le procédé imaginé sur la plate-forme pyrénéenne.
Les
procédures fixées à Tarbes pourraient également servir à élaborer
une directive européenne sur le démantèlement des avions, similaire
à celle qui existe pour les automobiles.
Autre donnée
fondamentale pour l'avionneur: éviter la vente des pièces sur le
marché noir et contrôler la chaîne, de la vente à la destruction de
l'avion.
Les avions militaires sont également concernés.
Alors qu'une trentaine de Jaguar ont été démantelés récemment par
Bartin, le projet de Tarbes est soutenu par le ministère de la
Défense, pour redynamiser le bassin industriel après les
suppressions d'emplois chez GIAT. Des avions de l'armée pourraient y
être traités.
source:Mathieu Gorse(Cyberpresse.ca)
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